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Allons enfants de l’An 2000

mardi 18 mars 2008, par Charles RIDOUX

 Paru dans Astralis, n° 45, 1996, pp. 36-41 

Avec son Histoire des enfants de l’an 2000
[1], Irène Andrieu nous invite à une spectaculaire excursion dans le temps, allant de 4500 avant notre ère jusqu’à 3500 ap. J.-C., ces huit mille ans couvrant deux grands cycles formés chacun de huit conjonctions Neptune-Pluton. Nous pouvons saluer là, à la veille des conjonctions de Jupiter avec Neptune et Uranus en janvier et février 1997, un élargissement significatif du panorama que l’astrologie mondiale est désormais appelée à prendre en compte, ce qui est rendu possible par les programmes astrologiques informatiques dont nous disposons maintenant et qui témoigne, à sa manière, de l’élan nouveau donné à la recherche depuis l’entrée concomitante de Pluton en Sagittaire et d’Uranus en Verseau, durant l’année 1995. En réalité, ce livre n’est pas une nouveauté absolue, puisqu’est paru - en néerlandais malheureusement - en 1990 un ouvrage de Robert D. Doolaard
[2], dont l’auteur a donné en quelque sorte un résumé dans quatre numéros de l’Astrological Journal
[3], et qui constitue une passionnante et très sérieuse exploration du cycle Neptune-Pluton sur une même durée de huit mille ans. Cette étude n’est toutefois pas mentionnée dans la bibliographie d’Irène Andrieu, ni d’ailleurs dans le corps de son livre.Si le livre d’Irène Andrieu renferme - avec le schéma de la spirale du temps donné à la p. 39 et repris, sous forme d’octogone à la p. 63 - une perle précieuse digne d’entrer dans le trésor commun de tous ceux qui s’occupent d’astrologie mondiale, il faut hélas passer, pour accéder à ce trésor, par une sorte de triple enceinte éprouvante que l’on pourrait qualifier de la manière suivante : des broutilles agaçantes, des monstruosités de désinvolture historique, des partis-pris tendancieux. Prenons notre courage à deux mains et franchissons, patiemment, chacune de ces enceintes.

Il pourrait sembler à première vue quelque peu mesquin d’évoquer ce que nous avons qualifié de « broutilles agaçantes » ; de fait, c’est leur accumulation qui témoigne d’une désinvolture à l’égard du lecteur, et que l’on va retrouver, à un niveau beaucoup plus grave, lorsqu’il sera question du traitement réservé aux faits historiques dans ce livre. C’est pourquoi nous nous y arrêtons un instant. Ainsi, pourquoi mettre deux m à Mahomet (p. 24) ; soit on utilise la forme courante francisée, soit on se donne la coquetterie de l’écrire sous sa forme arabe, avec deux m : Muhammad. D’où vient ce nouveau roi de Perse, nommé, à la p. 66, Cyrius, et qui semble une contamination de l’étoile Sirius avec le roi Achéménide Cyrus ? Il ne s’agit pas d’une faute de frappe, puisque le même mot est repris deux fois à la même page. A la p. 83, un malencontreux accent circonflexe vient changer le verbe croire en croître à propos d’une « tyrannie qui se croît encore la maîtresse du monde ». Signalons, par acquit de conscience, que les acquis de la p. 215 ne doivent pas prendre de t (acquits). L’accord du verbe et du sujet est chahuté p. 99 (« la progression des tribus s’effectuent »), tandis que la règle de l’accord du participe passé est superbement ignorée p. 247 (« les grands mouvements sociaux et idéologiques qui en ont résulté ont toujours avortés »). Enfin, le terme de florilège, qui signifie en français « recueil de pièces choisies », synonyme d’anthologie, donne lieu à toute une floraison d’emplois incorrects, au sens d’essor culturel ou économique : « florilège de la civilisation indienne dans les deux royaumes du Dekkan » (p. 82) ; « des influences culturelles croisées qui porteront les sciences et les arts arabes à leur florilège aux IXe et Xe s. » (p. 98) ; « Sous le règne d’Aladin (1296-1316), l’Inde réussit à repousser les envahisseurs mongols. C’est un temps de florilège économique » (p. 111) ; « la grande fête de la liberté et du florilège intellectuel [en Tchécoslovaquie d’avant 1968] » (p. 192). On sent, derrière cet emploi, l’influence du verbe anglais to flourish (« prospérer, être en plein essor, être florissant »). Sur moins de trois cents pages, tant de coquilles commencent à peser. Ce ne sont là que broutilles, certes ; mais, dans d’autres domaines, de telles broutilles, qui correspondent en quelque sorte à des boulons mal serrés, suffiraient à vous faire exploser une fusée Ariane au moment du lancement ! Dans le domaine de l’édition, cela témoigne d’une dégradation de la conscience professionnelle, elle-même symptôme d’un déclin de civilisation - même à la veille de l’entrée dans « l’ère du Verseau » ! Il fallait sans doute, pour des raisons commerciales légitimes, que ce livre parût avant les conjonctions de 1997 ; mais on aurait pu prendre deux jours pour la relecture et témoigner ainsi du respect élémentaire pour le lecteur et pour la langue française qu’on est en droit d’attendre de tout auteur et de tout éditeur.

Nous aurions sans doute passé sur ces peccadilles orthographiques si nous n’avions pas été proprement stupéfait et poussé au bord de l’indignation par la désinvolture scandaleuse avec laquelle est traitée l’histoire événementielle dans un livre qui prétend dévoiler les lois de l’histoire en prenant appui sur l’astrologie mondiale. Les fautes sont si nombreuses, et parfois si grotesques, qu’on en vient à se demander par quelle surprenante naïveté l’auteur s’est engagé sur ce terrain de l’histoire sans prendre le soin de vérifier ses assertions. Nous distinguerons dans ce chapitre les erreurs de détail et les monstruosités historiques impardonnables.

On apprend, p. 70, que Socrate est « le fondateur de l’école des Sophistes (maîtres de sagesse) » : c’est tout simplement une contre-vérité, puisque Socrate, comme son disciple Platon, s’opposent aux sophistes - les Protagoras et les Gorgias - dont l’art consiste à jouer sur les mots et à manipuler les raisonnements, alors qu’eux, au contraire, cherchent à persuader par la seule force de la vérité. On évoque, p. 74, « la fastueuse Açoka », soi-disant capitale de l’Empire Maurya en Inde ; Açoka est en fait le nom du fondateur du premier grand empire indien, et sa capitale était Patalipoutra, au bord du Gange ; ajoutons qu’Açoka s’est rendu célèbre par sa conversion au bouddhisme à la suite des cruautés qu’il avait commises en conquérant le Kalinga (l’actuel État d’Orissa, sur le golfe du Bengale), faisant 100 000 morts et 150 000 déportés. L’Empire de Monomotapa, en Rhodésie, ne fut pas conquis par les Espagnols (p. 94), mais par les Portugais. Irène Andrieu signale, p. 104, comme exemple type de roi héréditaire Hugues Capet, dont chacun sait qu’il a justement été proclamé et sacré roi à Noyon, le 3 juillet 987, grâce à l’archevêque de Reims Adalbéron, malgré la résistance du dernier carolingien, Charles, duc de Basse-Lorraine, qui tente en vain de faire valoir son droit héréditaire. Il est vrai qu’en faisant sacrer son fils de son vivant, Hugues Capet assurera le pouvoir héréditaire de sa lignée, mais la succession héréditaire ne s’imposera que plus tard comme une des lois fondamentales du royaume.

Notre auteur semble avoir quelque délicatesse avec l’histoire des empires. On apprend ainsi, p. 105, que « les nouveaux empereurs russes [Olga, en 957] mettent en place une organisation politique fortement centralisée et totalitaire qui demeurera inchangée jusqu’en 1917 » : réduire l’histoire de la Sainte Russie à mille ans de totalitarisme est plutôt cavalier ; cela devient sidérant lorsque l’année 1917, qui voit précisément l’instauration du totalitarisme communiste avec Lénine, est présentée comme la fin de ce millénaire épouvantable. A la même page, on apprend que « l’Empire [romain-germanique] fondé en 962 ... survivra un millier d’années avant de disparaître en 1945 » : cet Empire, déjà bien affaibli depuis la mort de Frédéric II en 1250, survécut, sous le règne de la maison de Habsbourg, jusqu’à sa dissolution en 1806 par Napoléon Ier. Ni l’Empire de Guillaume Ier, proclamé en janvier 1871 dans la galerie des Glaces à Versailles, ni le Troisième Reich hitlérien ne peuvent être considérés comme des continuations du Saint-Empire-Romain-Germanique. Quant à l’Empire latin de Constantinople, créé à partir de la conquête de cette ville par les Croisés à l’instigation des Vénitiens, l’auteur le fait durer deux siècles (p. 109 et p. 118), alors que les Grecs, repliés après 1204 à Nicée, reprennent Constantinople au dernier des empereurs latins en 1261, avant d’être eux-mêmes submergés, en 1453, par les Ottomans. Enfin, l’empire russe n’est guère mieux traité, puisque l’on nous dit, p. 142 que « le tsar Alexandre Ier, pour sa part, organise en 1825 la répression des mouvements de libération polonais, hongrois et allemands ». Sans doute, Irène Andrieu a-t-elle en vue ici l’écrasement de l’insurrection polonaise en 1831 par Nicolas Ier et son intervention, en 1849, pour écraser l’insurrection hongroise contre l’empereur d’Autriche.

On pourrait croire que l’histoire, plus récente, du XXe s. sera mieux traitée que les temps anciens : il n’en est rien. On apprend, p. 160 que « le parti social-démocrate est fondé en Autriche, le 3 novembre 1919. Il va donner naissance au fascisme et au nazisme ». Ces deux régimes, quoique alliés durant la Seconde Guerre mondiale, ont une origine distincte : rappelons que le parti nazi (N.S.D.A.P. ou Parti national socialiste des ouvriers allemands) est fondé le 1er avril 1920, à Munich, et qu’il prend la suite du Parti ouvrier allemand, un groupuscule de six membres dirigé par Anton Drexler, groupe auquel Hitler adhère le 16 septembre 1919. Quant aux Faisceaux de combat (d’où provient le mot « fascisme »), ils sont fondés par Mussolini, ancien directeur du journal socialiste Avanti, le 23 mars 1919 et parviennent au pouvoir, à la suite de la marche sur Rome, en octobre-novembre 1922. Deux pages plus bas (p. 162), la guerre civile en Espagne nous est présentée comme « la guerre des patriotes espagnols qui tentent, au prix de leur vie, de sauver la démocratie contre le gouvernement de Franco qui a opté pour le fascisme montant ». En fait, la guerre civile en Espagne commence par une insurrection générale des garnisons du Maroc et d’Espagne qui se soulèvent, le 17 juillet 1936, contre le gouvernement républicain, et ce n’est que parce que le promoteur de ce soulèvement, le général Sanjurjo, meurt dans un accident d’avion que la direction en revient au général Franco qui, une fois vainqueur, se gardera bien de lier le sort de l’Espagne à ceux de l’Allemagne nazie et de l’Italie apollinienne. Même l’histoire la plus récente, qui aurait pu marquer la mémoire de l’auteur, est maltraitée ; ce n’est pas le 8 décembre 1991 (comme il est dit, p. 233) qu’a lieu l’échec d’un putsch militaire en Russie, mais le 19 août 1991 ; le 8 décembre, c’est la constitution, à Minsk, de la C.E.I. (Confédération des États Indépendants) et la fin officielle de l’URSS. On pourrait aussi se demander s’il convient vraiment de qualifier le Sida de « fléau du siècle » : c’est faire bon marché de la grippe espagnole qui, entre avril et novembre 1918, a causé 25 millions de morts, dont plusieurs centaines de milliers en France ! Pour l’heure, Dieu merci, nous n’en sommes pas à ces chiffres terrifiants avec le Sida, et nous pouvons espérer enrayer la maladie avant qu’elle prenne, en Europe du moins, des proportions aussi graves. Enfin, on aurait pu espérer au moins, de la part d’un astrologue, un respect élémentaire des données de naissance pour un événement aussi marquant que la bombe atomique d’Hiroshima. Or, voilà qu’on nous dit, p. 166, que le 6 août 1945, « la Seconde Guerre mondiale prend fin avec l’anéantissement d’Hiroshima et de Nagasaki sous les bombes atomiques à 8h15, heure locale » : c’est donner à entendre que les deux bombardements ont eu lieu à la même heure, le même jour, alors que Nagasaki a été frappée trois jours après Hiroshima, le 9 août. Pire encore : à la page précédente, le thème qui nous est donné de cet événement est daté du 16 août, avec un Soleil à 23° du Lion, au lieu du 6 août, avec le Soleil à 13° du Lion. Comment, après cela, accorder la moindre confiance aux autres thèmes présentés dans cet ouvrage ?

Et ce n’est pas tout, car nous avons gardé les plus belles perles pour la fin. On lit, p. 94, qu’après la mort de Clovis, en 511, « la division de la France entre ses fils livre le pays à des guerres intestines sans fin jusqu’à ce que Hugues Capet décide d’y remettre de l’ordre, un siècle plus tard » : voici maintenant Hugues Capet rajeuni de quatre cents ans et devenu contemporain de Dagobert et des rois mérovingiens ! Sautons mille ans, et nous arrivons (p. 129) en 1592 où, « la nuit d’horreur de la Saint-Bartélémy (sic !) en France inaugure d’interminables guerres civiles entre catholiques et protestants » : faut-il rappeler que le massacre de la Saint-Barthélémy commence le 24 août 1572 - vingt ans plus tôt ! - et que loin d’inaugurer les guerres de religion, cet épisode intervient au point culminant de ces guerres qui durent en France de 1560 à 1598. Pas moins de trois fautes en deux lignes ! Avançons jusqu’à la Fronde (1649-1653), et nous lisons (p. 132-133) que « le jeune Louis XIV, âgé de quatre ans ne pardonnera jamais la fuite de Versailles (6 janvier 1649) et établira pendant ses quelque cinquante années de règne, une monarchie absolue ». Faut-il donc rappeler : 1° que Louis XIV est né le 5 septembre 1638 et était donc âgé de 11 ans et non de 4 ans au début de la Fronde ; 2° que le 6 janvier 1649, la Cour se retire de Paris à Saint-Germain-en-Laye ; 3° qu’au moment de la Fronde Versailles n’était encore qu’un pavillon de chasse transformé en château et que la Cour ne s’y établit que le 6 mai 1682, Versailles devenant alors la capitale du royaume ; 4° que Louis XIV meurt, le 1er septembre 1715, après avoir régné 72 ans, 3 mois et 18 jours - et non pas 50 ans - (une donnée qu’Irène Andrieu aurait pu facilement trouver dans le Quid, qui est une des rares références historiques qu’elle donne dans sa bibliographie, p. 288). Cette fois-ci, quatre fautes en deux lignes ! Mais voici, en deux mots, la plus délicieuse de ces perles historiques : le lecteur ne passera pas la p. 134 sans apprendre que « le premier acte mondial de la Déclaration des droits de l’homme », en 1679, est ... l’Habeas Scorpus ! Il fallait évidemment la plume égarée d’un astrologue pour inventer une si poétique origine plutonienne à cet acte de l’Habeas Corpus qui interdit simplement toute arrestation ou détention arbitraire dans la monarchie des Stuarts. Il aurait pourtant suffi à l’auteur, pour éviter une si fabuleuse énormité, de se reporter à l’Index du Quid, p. 2128, colonne a, puis aux pages 1293a et 893a du même ouvrage ; mais, bien sûr, une telle démarche prend quelques minutes, et l’Ère du Verseau qui s’approche ne permet pas de perdre son temps à de telles vétilles...

Le dossier est accablant par lui-même et a valeur de certificat d’incompétence en matière d’histoire. Ce qui nous paraît grave dans cette affaire, ce n’est pas tant que cela porte préjudice à la réputation de l’auteur, qui se soutient par ses autres ouvrages relatifs à l’astrologie d’évolution, c’est que cela déconsidère, aux yeux d’historiens non astrologues, l’apport potentiel que l’astrologie mondiale est en mesure d’offrir à une interprétation générale de l’histoire. Imagine-t-on le tollé que susciterait parmi la gent médicale un ouvrage d’astrologie médicale qui renfermerait des erreurs analogues en matière de physiologie ou de biologie moléculaire, ou encore les sarcasmes des économistes ou des chefs d’entreprise à l’égard d’un livre d’astrologie financière qui témoignerait d’une semblable ignorance en matière de marchés financiers et de fonctionnement des mécanismes économiques ! C’est bien parce que des astrologues tels qu’un Bill Meridian ou un Graham Bates sont parfaitement au courant des questions économiques et financières que cette branche de l’astrologie est en passe de devenir une référence dans des milieux qui, au premier abord, n’éprouvent guère de sympathie envers l’astrologie. Tirons-en donc la leçon : si l’on veut développer une branche particulière de l’astrologie, il convient de se rendre compétent non seulement en astrologie, mais également dans la branche en question. Pour ce qui est de l’histoire, cela passe, au plan le plus humble, par le strict respect des faits établis et par la vérification scrupuleuse des dates, des noms de personnes et de lieux ; sur un plan plus élevé, cela implique une réflexion générale sur les lois de l’histoire. A cet égard, les praticiens de l’astrologie mondiale trouveront un appui précieux et une ample matière à réflexion dans l’œuvre du grand historien anglais Arnold J. Toynbee, sur lequel s’appuie Robert Doolaard mais qu’Irène Andrieu semble ignorer ; ayant choisi de prendre pour objet de ses études les civilisations, appréhendées dans une dynamique quasi organique de croissance et de déclin, en réponse constante à des défis de toutes sortes, Toynbee se situe d’emblée dans une démarche vivante voisine de l’approche cyclique en astrologie mondiale ; encore convient-il d’user de Toynbee avec discernement : s’il est un guide sûr pour les civilisations de l’antiquité, s’il est un connaisseur magistral de l’histoire de Byzance et de l’empire ottoman, il est bien rapide en ce qui concerne l’histoire du Moyen Age occidental et ses engagements personnels tendent parfois à l’emporter sur la sérénité de l’historien lorsqu’il aborde l’histoire contemporaine ; surtout, sa lecture de l’histoire des religions prête, nous semble-t-il, à discussion. Il n’en demeure pas moins que l’œuvre de Toynbee est incontournable pour qui veut étendre les études d’astrologie mondiale à l’ensemble de l’histoire de l’humanité.

Ayant ainsi franchi notre deuxième enceinte, celle des distorsions des faits historiques, qu’il est aisé somme toute de corriger avec un peu de patience et à l’aide du Quid, il nous faut affronter la troisième enceinte, plus insidieuse, consistant en partis pris tendancieux, qui visent à faire assumer par le lecteur des préjugés de l’auteur présentés comme des évidences historiques.

Tout au long de l’ouvrage court un parti pris anti-chrétien qui transparaît à diverses occasions. Il est frappant, notamment, de constater combien l’expansion du christianisme et celle de l’islam sont présentées sous un éclairage contrastant, qui se veut accablant pour le christianisme. La triple conjonction Saturne-Uranus-Neptune de 625, qui accompagne les débuts de l’islam est présentée comme un « aspect particulièrement favorable à la lutte contre la sclérose des schémas religieux et des dogmes périmés » (p. 94) ; la formidable expansion militaire de l’islam qui s’étend à l’est jusqu’en Inde et à l’ouest jusqu’en Espagne en moins d’un siècle est présentée simplement comme une « grande chevauchée » (p. 96) ; ici, nulle mention de contrainte ou de massacres ; le résultat, c’est l’émirat de Cordoue qui est présenté, pour l’Occident, comme « le modèle culturel et scientifique de ce que l’islam a produit de plus prestigieux , fanatisme exclu » (p. 96). Soit. Pourquoi ne pas présenter ce qu’il peut y avoir de positif même dans les pires tribulations de l’histoire ? Passons maintenant de l’autre côté, et voyons comment est traité le christianisme. A la même époque - donc au temps des Mérovingiens - en Europe « on assiste à l’organisation des grands ordres religieux. Ce sont le plus souvent des missionnaires-guerriers qui entreprennent la chasse aux religions et croyances antiques devenues dissidentes, et convertissent les peuples sur le mode du temps, par le massacre ou l’obligation » (p. 97). Faut-il rappeler qu’à cette époque et au siècle suivant, l’évangélisation de l’Europe est le fait de moines qui se reconnaissent dans la règle de saint Benoît (480-547) et dont la devise - Ora et Labora - n’a rien à voir avec l’esprit de conquête, puis par les moines venus d’Irlande et d’Ecosse qui contribueront à la renaissance de la culture en Occident au temps des Carolingiens ? S’il y eut par la suite des ordres à la fois religieux et militaires, ce fut six siècles plus tard, au temps des Croisades, en Terre Sainte avec les Templiers, en Prusse orientale et dans les pays baltes avec les Chevaliers Teutoniques. Est-il question de comparer maintenant l’apport culturel des deux religions, on retrouve chez Irène Andrieu le même parti pris : « Dans les pays chrétiens, les couvents et monastères révèlent les vestiges de la civilisation antique qui ont échappé aux saccages des grandes invasions. Dans les pays arabes, sous la protection éclairée des émirs, les savants et les lettrés développent un âge d’or de la science et de la médecine » (p. 104). D’un côté, la simple conservation par les moines d’un héritage antique pré-chrétien ; de l’autre, grâce aux lumières des sages émirs, un âge d’or tourné vers l’avenir et la création.

Notre auteur se hasarde à d’étranges libertés avec l’histoire de l’Eglise. Nous laisserons de côté les ragots concernant la Vierge Marie : « Les recherches historiques montrent aujourd’hui que Marie a eu d’autres enfants avant le Christ » (p. 274) ; où Irène Andrieu a-t-elle été se renseigner à ce sujet, auprès de Jacques Duquesne, ou peut-être dans les Oeuvres complètesde Saint-Just, qui constituent le fleuron de la bibliographie donnée p. 287...? Elle laisse entendre que la date de naissance du Christ aurait été « fixée pour les besoins du Calendrier grégorien » (p. 83), donc en 1582, alors que chacun sait que c’est Denys le Petit, érudit du VIe s. et célèbre computiste, qui fixe le début de notre ère ; l’objet de la réforme grégorienne, dix siècles plus tard, est simplement de corriger les écarts du calendrier julien avec la durée réelle de l’année solaire. C’est donc mille ans avant le calendrier grégorien qu’a été adoptée comme référence la date de naissance supposée du Christ. Mais il y a mieux : Irène Andrieu tient à faire commencer l’ère précessionnelle des Poissons au moment de la conjonction Uranus-Neptune de 282, conjointe à Vénus, et elle ajoute : « Cette date correspond à celle du premier concile de l’Eglise catholique que l’on peut considérer comme son acte de fondation » (p. 273). Jusqu’à présent, la date de fondation de l’Eglise a toujours été la Pentecôte, au moment où les apôtres, remplis du feu du Saint-Esprit, se sont mis à évangéliser dans leurs langues les Juifs pieux venus de toutes les nations en séjour à Jérusalem (Actes des Apôtres, 2 : 1-13, 41). Ce jour-là, trois mille personnes environ furent baptisées. Quant à l’histoire des conciles, elle commence avec le premier concile qui se tint à Jérusalem en 49, et où Paul et Barnabé obtinrent le droit d’évangéliser les « Gentils », c’est-à-dire les païens. Si l’on se réfère aux conciles oecuméniques, c’est-à-dire ceux qui représentent l’Eglise universelle (à la différence des conciles locaux ou nationaux, en grand nombre), sept sont reconnus à la fois par les catholiques et par les orthodoxes, et le premier d’entre eux est celui de Nicée, en 325. Loin d’être un acte de fondation de l’Eglise, le symbole de Nicée n’est que la réaffirmation des principaux éléments de la foi chrétienne, constamment prêchés depuis les temps apostoliques. Enfin, nous n’avons pas trouvé jusqu’ici de concile en 282 et la seule fondation de cette époque est celle de l’hérésie manichéenne.

Mais pourquoi Irène Andrieu torture-t-elle ainsi l’histoire pour faire naître l’Eglise avec la date qu’elle a arbitrairement choisie pour début de l’ère des Poissons ? C’est qu’ainsi elle peut vomir à la fois le christianisme et l’ère des Poissons en attendant la grande rupture qui débarrassera le monde de l’un et de l’autre, avec l’entrée dans l’ère du Verseau. Ecoutons-la, p. 275, en parler déjà au passé : « Le temps des Poissons fut celui de la négation de la différence, de la haine raciale ou ethnique, des persécutions religieuses et des conversions forcées, de la peur du juge immanent et des menaces de damnation ». Face à cet enfer des Poissons, à quoi ressemblera le paradis du Verseau ? « Le ton est nouveau. (...) Il invite les hommes à rencontrer cette calme énergie de vie que l’on peut découvrir dans la conscience d’être, et qui constitue désormais le seul espoir de la race humaine » (p. 285). C’est sur cette note que s’achève l’ouvrage. Quel affligeant programme ! Alors que le christianisme vient ouvrir, comme toutes les religions traditionnelles, la perspective de la réintégration de l’être dans sa plénitude adamique perdue, et plus encore, puisqu’il invite les hommes à partager la vie divine dans le sein du nouvel Adam et à continuer l’oeuvre de la création en synergie avec les énergies divines, la pseudo « évolution spirituelle » dont se gargarisent tant d’adeptes de l’ère du Verseau consiste à enfermer l’homme en lui-même, dans une orgueilleuse solitude, une sorte de huis-clos sartrien, le coupant à tout jamais du lien vivifiant avec la source de toute lumière, tant spirituelle que matérielle. Qu’on est loin de la magnifique formule de saint Athanase d’Alexandrie, qui synthétise de manière saisissante le projet divin : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». xxx Irène Andrieu s’extasie sur les capacités de ses chers bambins nés de la Grande Concentration (1983-1997). Nous ne pouvons que souhaiter à ces enfants de l’an 2000 d’avoir, pour leur permettre d’entrer dans la Terre promise de l’ère du Verseau, des guides plus exigeants et plus dignes de confiance, capables de leur transmettre, avec une véritable culture historique, les outils intellectuels et les trésors spirituels adéquats, et non un vernis culturel journalistique nourri d’à peu près et de n’importe quoi. Et pour ce qui est de l’astrologie mondiale, nous retiendrons la magnifique spirale des cycles de Neptune-Pluton, en regrettant que l’auteur n’ait pas su se montrer à la hauteur d’un si noble et si beau sujet. [/Charles Ridoux/]

[/Amfroipret, le 23 juin 1996/] 


[1] ANDRIEU Irène, Histoire des enfants de l’an 2000, Editions du Rocher, 1996.

[2] DOOLAARD Robert D., Golven, Planetaire involoeden op de beschaving, 600 BC-2000 AD, Ankh-Hermes, Deventer - Les Influences planétaires sur la civilisation.

[3] DOOLAARD Robert D., « The Inner Power of Imagination », Astrological Journal,32 n° 5 (sept.-oct. 1990), pp. 311-315 ; 32 n° 6 (nov.-déc. 1990), pp. 37-44 ; 33 n° 1 (janv.-fév. 1991), pp. 37-44 ; 33 n° 2 (mars-avril 1991), pp. 114-121.